« Economie régionale et urbaine » / Résumé du Chapitre 3 : LE DEVELOPPEMENT REGIONAL. Philippe AYDALOT

1.    La théorie de la base (ou la théorie du développement extraverti).

Fondée sur une vision keynésienne du développement, la théorie de la base (ou base exportatrice) est une conception de la croissance orientée sur la demande. Elle a pour intuition majeure que seuls les ensembles économiques de grande dimension, tels que les grandes nations, sont maîtres de leur développement au point que celui-ci dépend de variables internes.

En revanche, les unités territoriales de petite dimension[1] ne peuvent que se reproduire à l’identique. Ce sont les exportations (c'est-à-dire une demande extérieure) qui lancent le développement des régions qui ne peuvent croître qu’au prorata du développement de leurs exportations. Ainsi, seules les activités régionales de base – par opposition aux activités résidentielles- sont susceptibles de générer le développement de la région considérée.

2.    La théorie des pôles de croissance.

La théorie des pôles de croissance se présente à la fois comme théorie de la croissance sectoriellement déséquilibrée et comme théorie de la croissance régionale déséquilibrée. Elle montre comment les effets de croissance ne se propagent pas également au profit de tous les secteurs mais surtout dans les secteurs liés à ceux qui donnent les impulsions initiales.

Définissons d’abord ce qu’un pôle : au sens de F. Perroux, un pôle est à la fois un ensemble d’industries liées et hiérarchisées et le lieu de concentration de ces activités. En ce sens, le pôle est, comme théorie de développement, un mécanisme inducteur de croissance ; comme théorie spatiale, le pôle explique la concentration spatiale de la croissance.

Néanmoins, la notion de pôle de croissance reste ambiguë. Cette ambiguïté est due notamment à sa projection dans le langage courant, apparaissant souvent comme réponse universelle susceptible de rendre compte aussi bien de la polarisation industrielle que de stratégies de développement. Aussi convient-il de préciser davantage cette notion de pôle et son corollaire la polarisation. Pour ce faire, examinons la mécanique de la polarisation.

Tout part d’une innovation intervenant au sein d’une macro-unité qui joue un rôle moteur. Cette innovation engendre des économies externes variées :

  • Transmises horizontalement au profit de l’ensemble de l’économie par le canal de distributions de revenus supplémentaires se diffusant dans l’ensemble des secteurs : il s’agit d’une diffusion équilibrée des effets de croissance.
  • Transmises verticalement bénéficiant aux secteurs qui sont en relation avec le secteur innovateur : les secteurs fournisseurs (ou industries d’amont dites de base, matières premières, acier, chimie) bénéficiant de l’augmentation de la demande, les secteurs acheteurs (ou industries d’aval soient industries de biens de consommation) bénéficiant de l’amélioration de la qualité, de la baisse des prix, de l’augmentation des capacités de production.

Maintenant, il s’agit de s’interroger sur la mécanique et le sens de propagation des effets moteurs issus d’une industrie motrice.

Il ne peut donc y avoir de polarisation qu’au sein d’une économie décentralisée, car elle repose sur des investissements additionnels créés par des micro-unités soucieuses de profiter des occasions de profit suscitées par les macro unités. Ceci nous amène à donner un exemple précis de ce qu’est un pôle et ce qu’il n’est pas : Une grande entreprise n’est pas un pôle. Elle ne le deviendra que si elle secrète autour d’elle une foule de petites entreprises.

Enfin, il convient de distinguer quatre notions qui prêtent à la confusion :

  • La concentration spatiale : phénomène observé.
  • La polarisation : explication de la concentration spatiale par l’impact propre d’une ou de plusieurs macro-unités.
  • L’attraction (commerciale ou autre) : mécanisme de concentration spatiale fondé sur l’aptitude d’une activité à attirer auprès d’elle une ou plusieurs autres.
  • La gravitation : mécanisme expliquant l’intensité des relations entre deux points notamment par la distance qui les sépare.

En dernière analyse, un problème est passé sous silence : Quelle est l’origine de la polarisation ? Si l’on admet que la macro-unité crée dans son voisinage des effets additionnels, il demeure à se demander pourquoi cette macro-unité s’est localisée là où elle l’a fait : la ville ou la région devenue « pôle » possédait à l’origine des caractères spécifiques qui ont attiré la macro-unité ; quels sont-ils ? Pour être complète, la théorie des pôles doit donc être associée à une théorie de la localisation des grandes entreprises. Et la croissance régionale dépendrait in fine de l’aptitude de la région à susciter la création ou l’installation des industries modernes. (Aydalot 1965)

3.    Les théories du développement inégal.

3.1.       La théorie de la causalité circulaire et cumulative.

Pour certains auteurs, la critique des néoclassiques trouve son origine dans l’économie internationale. G. Myrdal (1957) retourne contre les néoclassiques l’une de leurs idées clé : l’inégalité est un déséquilibre qui entraîne des réactions du système. Seulement, ces réactions ne sont pas correctrices, elles aggravent les inégalités initiales.

La question qu’a soulevée Myrdal est la suivante : La mobilité des facteurs de production est-elle équilibrante ?

Partant de la logique néoclassique, et levant tour à tour diverses hypothèses restrictives, on comprend que le développement équilibré peut être indéfiniment différé. En effet, lorsque le progrès technique apparaît dans les régions centrales, il ne se diffuse que lentement en dehors de l’agent (la nation) qui l’a fait apparaître. Ceci conduit à une immigration massive des plus jeunes, des plus dynamiques et des plus productifs des pays pauvres, les capitaux connaissent également le même mouvement, ce qui prive les régions pauvres de leur main d’œuvre qualifiée et des capitaux nécessaires au développement. Ce déplacement en direction des zones privilégiées accroît à nouveau les débouchés de ces dernières ; ainsi se propagent les processus de causalité circulaire.

Ainsi, la mobilité des facteurs n’est pas rééquilibrante. Seule la réalisation préalable de l’égalité des productivités marginales des facteurs pourrait supprimer le caractère déséquilibrant de la mobilité. La raison en est qu’on ne se trouve pas face à un déséquilibre, état transitoire vers l’équilibre, mais à un processus cumulatif engendré par le commerce international et tendant à détruire l’équilibre des proportions de facteurs et des prix de facteurs.

3.2.       Les analyses centre-périphérie.

Si pour certains (Perroux ou Hirschmann), une relation centre-périphérie peut être le moteur du développement, pour d’autres (S. Amin, Le développement inégal, 1973), elle est le support de l’inégalité du développement.

« Le concept peut être employé à tous les niveaux de l’échelle géographique (centre et périphérie d’un finage de village, d’une ville, d’une région, etc). Mais c’est particulièrement au niveau mondial qu’il a fait fortune, comme équivalent des couples monde développé / monde sous-développé ou Nord / Sud. Centre / Périphérie permet une description de l’opposition des lieux, mais surtout propose un modèle explicatif de cette différenciation : la périphérie est subordonnée parce que le centre est dominant- et réciproquement.

Pour que le couple ait sens, il faut qu’il y ait relations entre les deux types de lieux, donc des flux (de personnes, de marchandises, de capitaux, d’informations, de décision...) et que ces relations soient dissymétriques (solde déséquilibré des flux, hiérarchie des relations de pouvoir...). Le centre est central justement parce qu’il bénéficie de cette inégalité et, réciproquement, la ou les périphérie(s) sont caractérisée(s) par un déficit qui entretient leur position dominée. Le système ainsi décrit est autorégulé : le centre reproduit les conditions de sa centralité et réciproquement pour la périphérie. »[2]

4.    La théorie du développement endogène (John FRIEDMANN, Walter STÔHR).

Dans une large mesure, elle tire son origine d’efforts relatifs aux pays et aux régions du tiers-monde. Le développement autocentré est une conception du développement avant de relever de l’économie régionale : c’est une approche territorial du développement plus qu’une théorie de la croissance régionale.

Cette conception s’est développée dans une période caractérisée par la stagnation de la croissance. Les régions ont compris que le modèle classique de développement –qui a dominé tout au long de la période où la croissance était élevée- ne pouvait plus leur apporter que des effets négatifs : dépendance accrue et sans contrepartie, écrémage des ressources locales, dégradation de l’environnement, spécialisation dans des fonctions et des secteurs subordonnés ou régressifs.

Pour J. Friedmann, le développement autocentré (il parle de développement « agropolitain ») est l’inscription territoriale des « besoins fondamentaux » (« basic needs »). Ce concept fut introduit dans les années 70 par Paul Streeten. Il s’agit de définir le développement non plus en termes quantitatifs, mais en relation avec les besoins de la population : le développement, c’est d’abord nourrir, loger, vêtir, éduquer, employer toute la population et non pas accroître le chiffre du revenu monétaire moyen. Techniquement, il s’agit de rompre avec la logique de la théorie de la base : ce n’est plus une demande externe qui définit la croissance, mais des besoins internes à la zone considérée.



[1] Celles-ci comprennent aussi bien les régions, les villes et les petites nations ; d’où d’ailleurs la remise en cause du caractère typiquement régional de la théorie en question.

[2] « Centre / Périphérie », in http://hypergeo.free.fr/article.php3?id_article=10&var_recherche=centre+peripherie (consulté le 12/11/06)

 

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