Situation de l’économie marocaine à la veille du rapport McKinsey : Analyse des grands agrégats macroéconomiques
L’état des lieux qui suit a pour
ambition de donner, dans une première section, une idée, bien que générale, de
la situation de l’économie marocaine à la veille de l’engagement du cabinet
McKinsey, qui reflète une prise de conscience des pouvoirs publics de l’urgence
d’une intervention de force, afin de pallier à la déficience de la croissance
nationale, à l’aggravation du chômage et au manque de compétitivité des
exportations marocaines.
Trois agrégats sont ici significatifs pour
dépeindre cette situation : la production, l’emploi et le commerce
extérieur.
Aussi, malgré une légère hausse du taux de
croissance passé de 3,5% au cours des années 1996-2000 à 4,6% au cours des
années 2001-2004, soit une moyenne de 4% pour les deux périodes, la croissance
reste en deçà du niveau requis permettant de réduire le chômage, notamment
urbain et qui a atteint un taux de 18,4% en 2004[1].
D’autre
part, bien que le Maroc enregistre une balance de paiements courants positive,
le commerce extérieur de notre pays demeure structurellement déficitaire. En
outre, les exportations sont peu diversifiées. En effet, trois groupes de
produits représentent 80% des exportations totales, à savoir les produits
agricoles et de la pêche, le textile – habillement, et enfin le phosphate et
ses dérivés (BM – MET, 2006, p. 2). Il existe cependant un nombre croissant de
petites exportations dans les secteurs électrique et mécanique[2].
[1] Banque Mondiale – Ministère de l’Equipement et du Transport, La
logistique du commerce et la compétitivité du Maroc, Mai 2006, p.1.
[2] Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace
/ Direction de l’Aménagement du Territoire, Etude sur la faisabilité de mise en
place de plates-formes logistiques multimodales de fret au Maroc, Rapport de
diagnostic : Diagnostic du fonctionnement des réseaux de transport et
développement économique des espaces de croissance, Juillet 2007, Rabat, p. 27.
L’économie marocaine se
caractérise, depuis l’Indépendance, par une croissance faible et volatile, dont
les répercutions se font ressentir sur le marché de l’emploi où sévit un
chômage catégoriel touchant en particulier les jeunes, les citadins, les
diplômés et les femmes.
Cette
situation nous interpelle à deux niveaux : le premier concerne l’urgence
de répondre au chômage, le second concerne l’attaque des causes de ce chômage.
Pour le premier, un nouveau chiffre permet de figurer l’ampleur de la crise et
en même temps du défi à relever : « au cours des dix prochaines
années, environ 3,3 millions d’emplois devront être créés pour absorber à la
fois les nouveaux entrants et le nombre de personnes actuellement au chômage.
Ce chiffre équivaut à environ un tiers du niveau actuel de l’emploi au Maroc.
Relever un tel défi implique une croissance économique rapide d’au moins 6% par
an, soit 50% de plus que la moyenne de 4% enregistrée au cours de la période
2000-2004 » [1].
Pour le
second, les données présentées tout au long de ce chapitre et en particulier
celles sur le chômage des diplômés et qui reflètent l’inadaptation des cursus
de formation actuels au marché de l’emploi, doivent inciter les décideurs
politiques à revoir avec beaucoup d’audace et d’inventivité le système
de l’enseignement marocain dans son ensemble.
Concernant
le troisième agrégat étudié dans cette section, à savoir le commerce extérieur,
le déficit structurel
que connaît sa balance est principalement le résultat des faibles performances
des exportations qui s’expliquent par la compétitivité limitée de l’offre exportable
marocaine, à sa forte concentration géographique sur le marché européen et
finalement à sa spécialisation dans des secteurs à forte intensité de travail
ou à faible technologie.
De ce point de vue, s’il y a lieu
d’intervenir pour rétablir la balance commerciale du Maroc, c’est
prioritairement en agissant sur les exportations en leur insufflant un nouveau
dynamisme. Ceci pourrait passer par le ciblage des secteurs à fort potentiel
d’exportation. Tel est la vision du Plan Emergence.
NB: Article rédigé en 2008.
[1] Banque Mondiale, « Royaume du Maroc – Mémorandum économique
pays : Promouvoir la croissance et l’emploi par la diversification
productive et la compétitivité », Volume II : Etudes de base, 14 Mars
2006, p. 135.
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